Bitcoin : Ce qu’on ne vous dit pas quand on vous vend la “monnaie du futur”
Hornick Charles21 min read·Just now--
English version : https://medium.com/@hornick.charles/bitcoin-what-they-dont-tell-you-when-they-sell-you-the-currency-of-the-future-5e575b59b2a2
Je ne suis pas conseiller financier et ne détiens aucun Bitcoin. Cet article est une analyse personnelle, pas un conseil d’investissement.
_ “Pourquoi vous ne vendez jamais vos bitcoins ?”
_ “Vous vendez vos euros ? Non. Vous les dépensez. J’ai la même approche avec le Bitcoin.”
Cette analogie signée Éric Larchevêque, cofondateur de Ledger et de Coinhouse, a fait le tour de LinkedIn. Elle est bien pensée, avec une rhétorique correcte. Bref, elle a tout pour convaincre.
Sauf que je ne suis pas convaincu, et qu’elle ne résiste pas à l’analyse.
Avant-propos
Cet article n’est pas un plaidoyer contre le Bitcoin, dont les propriétés techniques du protocole (décentralisation, offre limitée à 21 millions d’unités, résistance à la censure on-chain) sont réelles et incontestables. Dans les pays en proie à l’hyperinflation ou à la corruption monétaire, le Bitcoin peut constituer un outil de résilience.
En revanche, le narratif construit autour du Bitcoin, “monnaie du futur”, “protection contre l’inflation”, “souveraineté financière”, “sortir du système”, mérite d’être confronté aux faits, et c’est l’objet de cette analyse.
Note : Les données de marché citées dans cet article (prix du BTC, pertes latentes, volumes) reflètent les conditions au moment de la rédaction (fin mars 2026). Le prix du Bitcoin fluctue quotidiennement, c’est d’ailleurs l’un des arguments de cet article. Les analyses structurelles (corrélation avec les marchés actions, dépendance à l’infrastructure, concentration du hashrate, mécanismes de financement de Strategy) restent valides indépendamment des variations de prix à court terme.
“Je ne vends pas, je dépense” : la mécanique réelle
Concrètement, que se passe-t-il quand vous “dépensez” du Bitcoin ?
Dans l’immense majorité des cas, votre BTC est simplement converti en monnaie fiat au taux du moment. Stripe, l’un des plus grands processeurs de paiement au monde, fonctionne exactement ainsi : le client paie en BTC, le marchand reçoit du fiat. L’intégration Bitcoin via OpenNode n’est qu’une option de conversion côté marchand, pas un paiement en BTC.
Square (Block) est le seul acteur majeur à permettre un vrai circuit BTC-to-BTC depuis novembre 2025, via le Lightning Network, pour ses 4 millions de marchands. Mais la réalité est là, même avec Square, la quasi-totalité des marchands affichent les prix en dollar.
BTCPay Server, souvent cité comme “l’alternative souveraine”, permet effectivement au marchand de recevoir des satoshis sans intermédiaire. Mais encore une fois, la réalité s’impose : ce même marchand doit ensuite payer son loyer, ses fournisseurs, ses charges sociales et ses impôts. Tous ces frais se font en fiat, faisant que la conversion n’est que retardée.
Et retardée est un grand mot. La TVA est calculée sur la valeur de vente, pas la valeur du BTC au moment de payer les impôts. Quel marchand prendrait donc le risque de garder ses BTC ?
Quant au Lightning Network, les chiffres de River Financial (février 2026) montrent un volume mensuel de 1,17 milliard de dollars pour 5,22 millions de transactions en novembre 2025.
Ça semble impressionnant, mais mettez en perspective : Visa traite environ 14 trillions de dollars par an, faisant que Lightning ne représente que ~0,1% du volume de Visa.
De plus, la transaction moyenne est de 223 dollars. Autrement dit, pas des micro-paiements du quotidien, mais plus probablement des transferts entre plateformes d’échange.
En mars 2026, MARA, l’un des plus grands mineurs de Bitcoin au monde, a vendu 15 000 BTC pour rembourser 1 milliard de dollars de dette. Durant le premier trimestre 2026, Riot Platforms a suivi en vendant 3 778 BTC (soit ~19,4% de ses réserves) pour 289,5 millions de dollars.
Si même ceux qui “fabriquent” le Bitcoin doivent le vendre pour payer leurs factures, en quoi est-ce une monnaie ?
Au final, “dépenser” du Bitcoin est une illusion car celui-ci finit presque automatiquement vendu dans la foulée.
Monnaie ou actif spéculatif ? Le test des trois fonctions
Pour rappel, une monnaie remplit trois fonctions : unité de compte, moyen d’échange, réserve de valeur.
Unité de compte : aucun commerçant au monde ne fixe ses prix en BTC de manière stable, ils sont toujours alignés à la valeur fiat. Même les plus fervents défenseurs du Bitcoin parlent en équivalent fiat.
Quand Michael Saylor dit “le Bitcoin va atteindre 1 million”, il dit 1 million de dollars, l’unité de mesure trahissant la réalité. Même El Salvador, après avoir adopté le BTC comme monnaie légale en 2021, a fait marche arrière début 2025 sous pression du FMI, alors que les commerçants n’étaient pas obligés de l’accepter et que la majorité ne l’utilisait pas.
Moyen d’échange : l’adoption reste marginale, comme nous venons de le voir. En novembre 2025, Jack Dorsey, pourtant maximaliste Bitcoin convaincu, a dû intégrer les stablecoins, des tokens indexés sur le dollar, dans Cash App parce que ses propres clients n’utilisaient pas le BTC pour payer. Il avoue avoir dû le faire à contrecœur quelques mois plus tard sous la pression de ses clients.
Le marché montre que les gens veulent la stabilité du fiat, pas la volatilité du Bitcoin. Le volume des stablecoins a d’ailleurs dépassé celui de Visa et Mastercard combinés en 2024, indiquant que l’avenir des paiements blockchain n’est pas le Bitcoin mais bien le dollar ou l’euro sur une blockchain.
Réserve de valeur : avec une volatilité annualisée de 50 à 70%, contre 15 à 20% pour l’or, le Bitcoin ne remplit clairement pas ce rôle.
Entre février et mars 2026, selon les données on-chain de CryptoQuant, ~46% de l’offre totale de BTC en circulation est en moins-value théorique. C’est-à-dire que presque un bitcoin sur deux a perdu de la valeur depuis le dernier mouvement de son détenteur, s’approchant des niveaux du bear market de 2022. La “réserve de valeur” a détruit de la valeur pour plus de 4 porteurs sur 10.
Un parallèle honnête serait qu’acheter du Bitcoin suit la même logique qu’acheter des actions Tesla ou Nvidia : la possibilité d’une valeur grandissante.
Or, on n’achète pas une monnaie pour sa performance. Si le Bitcoin “surperforme”, c’est par définition un actif d’investissement.
Pire, Cathie Wood, CEO d’ARK Invest, l’a confirmé involontairement en déclarant que “dans la communauté Bitcoin, une baisse de 50% sera considérée comme une vraie victoire.” Sur quelle planète un actif qui perd la moitié de sa valeur est une victoire ?
La volatilité empêche le pricing en BTC, ce qui empêche l’adoption comme monnaie, ce qui maintient le BTC comme actif spéculatif, ce qui entretient la volatilité… Et la boucle est bouclée.
“Le Bitcoin protège de l’inflation” : la contradiction interne
L’offre de Bitcoin est limitée à 21 millions d’unités, c’est un fait protocolaire, inscrit dans le code. Les maximalistes ont raison en disant que “On ne peut pas imprimer du Bitcoin”.
Mais cette propriété ne protège pas votre pouvoir d’achat réel.
Tant que les prix des biens et services sont libellés en euros ou en dollars, vous achetez des biens soumis à l’inflation fiat. Quand vous “dépensez” vos bitcoins pour acheter du pain, vous payez le prix en euros du pain, converti en BTC au taux du moment.
Le plus grave est que vous ne faites pas que subir l’inflation, vous cumulez deux risques : l’inflation fiat ET la volatilité du BTC.
David McWilliams, ancien Chief European Economist chez UBS et ex-économiste à la Banque Centrale d’Irlande (l’homme qui a prédit le crash immobilier irlandais de 2008) résume le problème avec clarté : contrairement aux obligations ou aux actions, les cryptomonnaies ne génèrent aucun cash flow ni revenu, et n’impliquent aucune créance légale sur quoi que ce soit. Dit clairement, le Bitcoin ne contribue à aucune formation de capital.
L’argument de la “surperformance historique” (le BTC a surperformé l’inflation sur toute période glissante de 4 ans et plus) prouve exactement le contraire de ce que les maximalistes veulent démontrer. Si le BTC surperforme, c’est un investissement, et un investissement qui peut perdre 70% en quelques mois ne protège personne de l’inflation, mais expose à un risque asymétrique bien plus dangereux.
La dépendance à l’infrastructure : le talon d’Achille
Le Bitcoin nécessite une chaîne complète pour fonctionner : électricité, connexion internet, un appareil connecté, un réseau de nœuds opérationnel, et une liquidité suffisante pour convertir en monnaie utilisable.
En mars 2026, la Russie a annoncé des coupures d’internet “pour la sécurité des citoyens”. Sans internet, les détenteurs russes de Bitcoin se sont retrouvés soit sans accès à leur argent, soit avec un presse-papier cryptographique.
De plus, la Chine a déjà démontré qu’il est techniquement possible de bloquer le trafic Bitcoin via le DPI (Deep Packet Inspection), et l’Iran et la Russie disposent de capacités similaires.
Au même moment, des frappes américano-israéliennes sur le réseau électrique iranien ont mis hors ligne des centaines de milliers de machines de minage, provoquant une chute d’environ 8% de la puissance totale du réseau Bitcoin. L’actif “décentralisé” et “résilient” perd 8% de sa sécurité à cause de missiles conventionnels.
Des solutions offline existent (Blockstream Satellite, réseaux mesh, protocoles NFC via Secure Element) mais elles nécessitent toutes soit un accès internet à un moment donné, soit un tiers de confiance hardware, ce qui contredit la proposition de valeur fondamentale (“trustless”) du Bitcoin.
Un billet de 5 euros, lui, fonctionne qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il y ait ou non internet, dans un pays en guerre ou en paix.
La “censorship resistance” du Bitcoin est réelle on-chain. Mais les rampes d’accès, tels que les exchanges, processeurs de paiement, banques, ne le sont pas. Et sans rampes d’accès, le Bitcoin est inutilisable dans l’économie réelle.
Pour finir, l’argument maximaliste qui mérite un examen particulier : "Le Bitcoin va bancariser l’Afrique," sauf que les données racontent une autre histoire.
Fin 2023, seuls 27% de la population d’Afrique subsaharienne avaient accès à l’internet mobile (Africa Check / GSMA). Au Tchad, en Centrafrique et au Mozambique, c’est en dessous de 15%. Or, le Bitcoin nécessite internet pour fonctionner, et proposer celui-ci comme solution de bancarisation pour une population dont 73% n’a pas d’accès à l’internet mobile, c’est offrir une voiture de sport lorsqu’il n’y a pas de route.
Pendant ce temps, M-Pesa, lancé au Kenya en 2007, fonctionne sur des téléphones basiques par SMS, sans internet. Le service compte plus de 70 millions d’utilisateurs actifs, traite plus de 450 milliards de dollars de transactions annuelles, et l’Afrique subsaharienne totalise désormais 1,1 milliard de comptes mobile money enregistrés, représentant 74% de toutes les transactions mobile money mondiales. Une étude publiée dans Science en 2016 a démontré que M-Pesa avait sorti 194 000 foyers kenyans de l’extrême pauvreté. Une question légitime se pose : où est l’étude équivalente pour le Bitcoin en Afrique ?
La solution que l’Afrique a choisie pour l’inclusion financière, le mobile money sur téléphones basiques, fonctionne déjà à l’échelle du milliard de comptes, sans blockchain, sans minage, sans internet, sans volatilité, renvoyant le Bitcoin à être une solution en quête d’un problème qui est déjà résolu.
La “décentralisation” en chiffres
Selon la dernière étude de Luxor Technology (Web Hashrate Index), la répartition géographique de la puissance de minage mondiale du Bitcoin est la suivante : États-Unis 37,5%, Russie 16,9%, Chine 12,0%. À eux trois, ces pays représentent plus de 66% du hashrate mondial.
La “monnaie décentralisée sans État” est donc majoritairement produite par les trois plus grandes puissances étatiques de la planète. Deux tiers de la sécurité du réseau reposent sur l’infrastructure électrique et la tolérance réglementaire de trois gouvernements, dont deux (Russie et Chine) ont déjà démontré leur capacité et leur volonté de restreindre l’accès au Bitcoin, entre autres faits discutables.
Pour les amateurs de l’argument thermodynamique, “un satoshi est une preuve d’énergie dépensée, donc le Bitcoin a une valeur intrinsèque”, cette carte pose une question dérangeante : si la valeur du Bitcoin vient de l’énergie dépensée, alors 37,5% de cette “valeur” est américaine, 16,9% est russe, et 12% est chinoise. La souveraineté monétaire individuelle promise par le Bitcoin est en réalité une dépendance aux politiques énergétiques de trois superpuissances.
Et la concentration ne s’arrête pas à la géographie car les 4 plus grands pools de minage contrôlent plus de 50% du hashrate. La “décentralisation” est un idéal technique mais la réalité est un oligopole minier géographiquement concentré.
L’ironie de l’euro numérique
Ironiquement, il existe une solution technique qui résout le problème des paiements numériques offline : les CBDC (Central Bank Digital Currencies). IDEMIA a démontré des transactions CBDC offline entre smartphones via NFC, utilisant des Secure Elements certifiés, les mêmes puces que celles des cartes bancaires EMV. Ces transactions sont même résistantes aux ordinateurs quantiques.
Le problème est que ce modèle nécessite un tiers de confiance hardware, et c’est exactement ce que le Bitcoin refuse philosophiquement. Résoudre le paiement offline impose de réintroduire la confiance institutionnelle : un beau cul-de-sac architectural pour le Bitcoin.
Les maximalistes critiquent l’euro numérique comme un outil de surveillance étatique. Mais l’euro numérique a au moins ceci qu’il est honnête sur ce qu’il est : centralisé, régulé, avec un tiers de confiance explicite. Le Bitcoin prétend ne pas avoir besoin de tout cela, mais en dépend à chaque étape de son usage réel.
Nuance importante : l’euro numérique ne protège pas du blocage de compte ni de la confiscation étatique. Chypre en 2013, la Grèce en 2015, Le Liban en 2020 sont des rappels que la confiance institutionnelle peut aussi être trahie, et qu’aucune solution n’est parfaite.
Quiconque prétend le contraire vous vend quelque chose.
Strategy : le dernier acheteur, à bout de souffle
Strategy (ex-MicroStrategy), dirigée par Michael Saylor, détient environ 767 000 BTC en avril 2026 (soit 3,8% de l’offre totale) acquis pour un coût total d’environ 58 milliards de dollars, à un prix moyen de 75 644 dollars par unité. Avec un BTC autour de 67 000 dollars, l’entreprise affiche une perte latente de 14,46 milliards de dollars au premier trimestre 2026.
Le modèle de Strategy est une boucle auto-renforçante : émettre des actions ou de la dette pour acheter du BTC, en espérant que la hausse du BTC valorise l’action MSTR, permettant de nouvelles émissions. Certaines semaines, Strategy achetait 13 fois la production minière quotidienne.
Mais fin mars 2026, après 13 semaines consécutives d’achats effectués avec la précision d’une montre suisse, Strategy a manqué une semaine. L’horlogerie commencerait-elle à montrer des défauts ? L’action MSTR a chuté de plus de 60% en six mois (77% depuis son sommet de novembre 2024), et les actions préférentielles STRC se traitent sous leur valeur nominale.
Comme l’a noté Cryptonaute avec une certaine ironie : “Strategy, l’entreprise qui a transformé l’achat de Bitcoin en signal de conviction absolue et d’indépendance vis-à-vis des cycles de marché, se retrouve paradoxalement contrainte de plier devant ces mêmes cycles.”
Mais le 5 avril, Saylor a tweeté “₿ack to Work” avec un graphique montrant ses 766 970 BTC et 14,46 milliards de dollars de perte latente, armé de son avatar montrant une photo de lui avec une auréole dorée. Avec 18 900 cœurs et 1 200 réponses, les fidèles ont célèbré le retour du prophète qui annonce qu’il va acheter encore plus avec de la dette, pendant que son portefeuille affiche des pertes équivalentes au PIB du Mali.
Malheureusement pour Saylor, la réalité face à cette euphorie est tout autre. En dehors de Strategy, la demande des entreprises pour le Bitcoin est tombée à 2% du total des achats selon CryptoQuant. 45 000 BTC achetés en 30 jours par Strategy, contre environ 1 000 BTC pour toutes les autres entreprises combinées.
Comme dit plus haut, MARA vend 15 000 BTC, suivi par Riot qui en vend 3 778 BTC. De leur côté, les mineurs pivotent vers l’IA parce que le coût de production (estimé à ~77k$/BTC par JPMorgan) dépasse le prix de marché (67–70 000$ au moment de l’écriture de l’article). Même le Bhoutan a vendu 519 BTC.
L’”adoption institutionnelle” repose sur un seul homme, avec 8,2 milliards de dette et des charges annuelles (779 millions) supérieures aux revenus de son activité logicielle (460 millions).
Si le BTC tombe durablement sous 50 000 dollars, Strategy pourrait être contrainte de vendre ses holdings, déversant 3,8% de l’offre totale sur un marché en panique. Mohammad Shahid, journaliste de BeInCrypto, estime la probabilité d’un collapse total entre 10 et 20% en 2026.
Mike McGlone, stratège senior chez Bloomberg Intelligence, va plus loin en disant que si le BTC ne reconquiert pas les 75 000 dollars, le chemin vers les 10 000 dollars, “prix d’équilibre” pré-pandémique, reste ouvert.
À ce niveau, Strategy serait techniquement insolvable avec 58 milliards investis dans un actif qui en vaudrait moins de 8.
Par son envie de collectionner les BTC comme des Pokémon, Strategy est devenue exactement ce que le Bitcoin était censé éliminer : un point central de défaillance systémique.
La corrélation qui tue le narratif
Le mantra dit “Le Bitcoin est indépendant du système financier traditionnel.” Mais les données disent autre chose.
La corrélation entre le BTC et le S&P 500 oscille autour de 0,55 début 2026, avec un multiplicateur historique d’environ 2x : quand le Nasdaq perd 33% (comme en 2022), le BTC perd environ 65%.
Le Journal du Coin titrait récemment : “L’inflation CPI aux USA reste maîtrisée à 2,4% : la Fed pourrait aider Bitcoin à s’affranchir des 70 000.” L’actif “indépendant” attend le feu vert de Jerome Powell pour monter.
Plus drôle encore, en une seule journée après un discours de Powell en mars 2026, 455 millions de dollars ont été liquidés selon CoinGlass, dont 382 millions sur les positions longues, avec un déséquilibre de 125% concentré sur une seule heure. L’actif “décorrélé” réagit comme un produit dérivé des marchés actions.
Et la SEC est en train d’officialiser ce lien grâce à la proposition d’amendement de la règle 15c2–11 qui vise à intégrer les cryptoactifs dans la même réglementation que les actions. Le Bitcoin n’est plus à côté du système, il est dans le système.
On est passé de “le Bitcoin remplace le fiat” à “le fiat remplace le Bitcoin sur l’infrastructure du Bitcoin.”
Quand l’investissement devient croyance
À bien y regarder, le maximalisme Bitcoin présente des caractéristiques structurelles qui rappellent celles des systèmes de croyances organisés :
- un texte fondateur sacré (le whitepaper de Satoshi)
- un prophète disparu et mystérieux (Satoshi Nakamoto)
- des apôtres (Saylor avec son auréole dorée, Dorsey, Larchevêque)
- un événement cyclique ritualisé (le halving)
- un vocabulaire initiatique (“HODL”, “have fun staying poor”, “stacking sats”)
- des hérétiques à ostraciser (les “FUDers”)
- et une promesse eschatologique invérifiable (l’”hyperbitcoinization”)
Et ce n’est pas une métaphore lorsqu’on voit Éric Larchevêque, qui met en avant des surnoms comme “Apôtre du Bitcoin”, lancer The Bitcoin Society, son nouveau projet, dans une cathédrale.
Et quand un économiste comme Steve Keen, qui avait prédit la crise de 2008, critique le Bitcoin, la réponse n’est pas une réfutation factuelle, c’est une attaque ad hominem : “il regrette de ne pas avoir acheté, donc son analyse est biaisée.” Le chroniqueur Amid Faljaoui, sur les ondes de la RTBF (un média public belge) a utilisé exactement cette rhétorique, sans jamais déclarer s’il détient lui-même des bitcoins, ne permettant pas de savoir s’il y a conflit d’intérêt dans son discours.
La question que personne ne pose : à qui profite le narratif ?
Le doute est découragé car questionner le narratif fait de vous un “FUDer”. L’argument “c’est encore tôt” est infalsifiable par construction mais, après 16 ans, on est en droit de se demander à quel moment passe-t-on de “c’est encore tôt” à “ça ne marche pas comme promis” ?
De son côté, Cathie Wood, qui gère un ETF Bitcoin spot, déclare sur CNBC que “les chutes de 85% c’est terminé” et qu’une baisse de 50% serait “une vraie victoire.” C’est le déplacement progressif des goalposts, un mécanisme caractéristique des systèmes de croyances ! La promesse initiale (“le Bitcoin monte toujours”) se transforme progressivement en “il ne baisse que de 50% et c’est une victoire”, et personne ne remarque que la promesse a changé.
Restons factuel : Cathie Wood vend des ETF Bitcoin. Chaque dollar investi par un “believer” convaincu par ses déclarations génère des frais de gestion pour ARK. Ce n’est pas une analyste indépendante, c’est une vendeuse !
Éric Larchevêque prédisait en janvier 2025 que le Bitcoin atteindrait 250 000 dollars avant juin 2025. En avril 2026, force est de constater qu’il s’est trompé d’un facteur 3,5x car le BTC est à 67 000 dollars. En janvier 2026, il affirmait que “le bitcoin va dépasser le million de dollars, c’est inévitable.” Autant dire que c’est de la prédestination : nous n’y échapperons pas ! Avec des phrases de ce genre, il sonne comme un croyant, pas comme un analyste.
En outre, plusieurs biais cognitifs alimentent cette dynamique :
- le biais d’engagement (sunk cost) : quelqu’un qui a investi 50 000 euros en BTC a un intérêt psychologique à maintenir le narratif
- le biais du survivant : tout le monde connaît quelqu’un qui a “fait x10”, personne ne parle de ceux qui ont acheté à 65 000 dollars en 2021 et vendu à 16 000 en 2022
- l’effet tribal : remettre en question le narratif, c’est risquer l’exclusion du groupe
À ceci s’ajoute la complexité technique agissant comme écran de fumée : blockchain, Lightning, Taproot, ECDSA, tous ces mots mal compris qui inspirent la fascination plutôt que le scepticisme.
Et au sommet de cette structure, un mystère fondateur soigneusement préservé, Satoshi Nakamoto, créateur du protocole, qui a disparu en 2011 sans révéler son identité. Il (ou ils) détiendrait environ 1 million de BTC, soit ~67 milliards de dollars au cours actuel, qui n’ont jamais bougé.
Ce silence n’est pas anodin et il est structurellement nécessaire au narratif. Un Satoshi révélé deviendrait un individu faillible : taxable, poursuivable, critiquable. Le protocole perdrait sa transcendance pour devenir “le logiciel écrit par un type qui a une adresse postale,” provoquant une désacralisation immédiate.
Et les incitations au silence sont colossales, pas besoin de conspiration. Un écosystème de 1 300 milliards de dollars de capitalisation, des entreprises comme Strategy dont la valorisation dépend du mythe, des gestionnaires d’ETF qui encaissent des milliards en frais, une industrie entière construite sur la mystique du “protocole immuable créé par un génie anonyme!” Tout le monde gagne au silence, et quand l’alignement des intérêts est total, le silence se maintient sans effort.
Paradoxalement, c’est peut-être la preuve la plus éloquente que le Bitcoin n’est pas aussi “trustless” qu’il le prétend. L’ensemble du marché repose sur une confiance implicite : que Satoshi ne bougera jamais ses 1 million de BTC. Si ces coins étaient vendus demain, le marché s’effondrerait instantanément.
La “monnaie sans confiance” repose sur l’acte de confiance le plus fondamental qui soit : que son créateur anonyme reste bienveillant et inactif pour l’éternité.
Qui paie quand la musique s’arrête ?
Éric Larchevêque dit avoir mis “tout son argent” en Bitcoin, et je ne doute pas un instant qu’il l’ait fait. Mais en tant que cofondateur de Ledger (valorisée à plus d’1 milliard d’euros) et fondateur de Coinhouse et The Bitcoin Society, son patrimoine corporate est une tout autre histoire. La personnalité juridique distincte de ses sociétés protège ses actifs professionnels indépendamment de la performance du BTC.
The Bitcoin Society, sa Bitcoin Treasury Company cotée en bourse, a clôturé 2025 avec un résultat net de -1,5 million d’euros, seulement 2,35 actions en circulation, et des données boursières "non disponibles." Trois personnes et un basketteur.
Michael Saylor détient des Class B shares avec droits de vote majoritaires chez Strategy, des preferred shares, et une rémunération significative. Les baleines, qui représentent environ 2% des adresses contrôlant plus de 95% des BTC, disposent de stratégies de couverture, d’options et de positions short inaccessibles au petit porteur.
Sur les marchés régulés, des protections existent : interdiction du délit d’initié, circuit breakers, obligations de transparence, garantie des dépôts. Sur les marchés crypto, rien de tout cela. Le BTC peut perdre 30% en quelques heures sans que personne ne tire le frein d’urgence, et les liquidations en cascade accélèrent la chute. De plus, les manipulations de marché, telles que le wash trading ou le pump and dump, qui seraient illégales sur les marchés actions, sont parfaitement praticables en crypto.
~46% de l’offre en circulation est en perte théorique.
Et quand les évangélistes disent “HODL”, “ne vendez jamais”, rappelez-vous que celui qui vous le dit a un Ledger à vous vendre, un ETF à gérer, ou des preferred shares à 11,5% de dividende à émettre. “Never sell” est un conseil qui profite à ceux qui le donnent, trop rarement à ceux qui le suivent.
Conclusion : le vrai problème, c’est l’éducation
Le Bitcoin n’est pas une arnaque. Il n’ira probablement pas à zéro, comme le prédit Steve Keen. Mais il n’ira pas non plus “inévitablement” à un million, comme le prêche Larchevêque. Le débat entre ces deux extrêmes est stérile et occulte l’essentiel.
Le Bitcoin est un actif spéculatif avec des propriétés techniques réelles et des cas d’usage légitimes dans certains contextes extrêmes. Ce qui est une illusion, c’est le narratif qu’on construit autour : la “monnaie du futur” qui dépend d’internet pour fonctionner, la “protection contre l’inflation” qui peut perdre 70% en quelques mois, la “souveraineté financière” dont les rampes d’accès sont toutes régulées, l’”indépendance du système” dont le prix dépend des décisions de la Fed, et la “décentralisation” dont 66% de la puissance repose sur trois pays.
Il n’existe pas de système monétaire simultanément décentralisé, offline, stable, privé et sécurisé. Chaque option (cash, Bitcoin, or, CBDC) est un compromis. Et comme dit plus haut, quiconque vous dit le contraire vous vend quelque chose.
L’idée sous-jacente du Bitcoin, une monnaie décentralisée, à offre contrôlée, résistante à la censure, est valide et importante, mais l’implémentation actuelle ne tient pas ses promesses. L’histoire de la technologie nous enseigne que l’idée survit toujours à l’implémentation : Napster a disparu, le streaming musical vit. Netscape est mort, le web vit. Il n’y a aucune raison d’exempter le Bitcoin de ce pattern.
Et je citerais même Larchevêque qui disait qu’une monnaie ne vit en moyenne que 30 ans. Si le Bitcoin est une monnaie, elle a déjà 16 ans. Elle se rapproche donc plus de sa fin qu’autre chose.
La vraie solution aux problèmes que le Bitcoin prétend résoudre (méfiance envers le système bancaire, dilution monétaire, exclusion financière) n’est pas un actif spéculatif vendu par des entrepreneurs qui en profitent, c’est l’éducation financière : comprendre comment fonctionne un marché, ce qu’est le risque, pourquoi la diversification existe, et pourquoi quelqu’un qui vous dit de mettre tout votre argent dans un seul actif n’agit pas dans votre intérêt.
Un investisseur éduqué évalue le Bitcoin pour ce qu’il est, un actif spéculatif à haute volatilité, et dimensionne son exposition en conséquence. Un “croyant” met toute son épargne sur un Ledger parce que le cofondateur lui a dit que c’était la voie de la souveraineté.
Ne soyez pas le croyant.
Et si vraiment vous voulez investir dans un actif décentralisé, résistant à la censure et fonctionnel en toutes circonstances, oubliez le Bitcoin, choisissez le chameau :
- Décentralisé
- Offline
- Résistant au quantique
- Résistant à l’inflation
- Perte de valeur prévisible (vieillissement)
- Possibilité de staking via reproduction (votre argent fait littéralement des petits)
- Valeur résiduelle en cas de défaillance (viande, cuir, laine, os)
The camel to the moon 🐫🚀
Les personnes citées dans cet article ont été notifiées et sont invitées à répondre. Le but n’est pas un conflit mais un débat factuel.
Bibliographie et sources
Données de marché et analyses on-chain
- River Financial (février 2026) — Lightning Network : 1,17 milliard $ de volume mensuel, 5,22 millions de transactions en novembre 2025, transaction moyenne 223$.
- CryptoQuant (mars-avril 2026) — Achats des entreprises : 45 000 BTC Strategy vs. 1 000 BTC pour les autres entreprises (-99%). ~46% de l’offre BTC en circulation en moins-value théorique.
- CoinGlass (mars 2026) — Déséquilibre de liquidations de 125% post-discours Powell : 455 millions $ liquidés, dont 382 millions en positions longues.
- BeInCrypto (mars 2026) — Corrélation BTC/S&P 500 à 0,55. Probabilité de collapse de Strategy estimée 10–20%.
- Luxor Technology / Web Hashrate Index (avril 2026) — Répartition du hashrate : États-Unis 37,5%, Russie 16,9%, Chine 12,0%.
Strategy (ex-MicroStrategy)
- SEC Filing Q4 2025 (février 2026) — 713 502 BTC, coût total 54,26 milliards $, prix moyen 75 644 $.
- Bitbo.io (avril 2026) — 766 970 BTC détenus, coût moyen 75 694 $, perte latente -11,76%.
- CoinDesk (mars 2026) — Fin de 13 semaines consécutives d’achats. MSTR en baisse de 77% depuis novembre 2024.
- Cryptonaute (avril 2026) — Analyse de la pause d’achats : mécanisme de financement grippé, STRC sous la valeur nominale.
- Fortune (février 2026) — Analyse de la dilution massive et des charges financières insoutenables.
Mineurs et industrie
- CoinDesk (mars 2026) — Coût de production moyen : 77k $/BTC (JPMorgan), prix de marché ~70 000 $. Mineurs pivotant vers l’IA, 70 milliards $ de contrats.
- Journal du Coin (mars 2026) — MARA vend 15 000 BTC pour rembourser 1 milliard $ de dette.
- Journal du Coin(avril 2026) — Riot Platforms vend 3 778 BTC (~19,4% de ses réserves) pour 289,5 millions $.
Infrastructure et paiements
- Square/Block (novembre 2025) — Paiements Bitcoin Lightning pour 4 millions de marchands, option BTC-to-BTC.
- Stripe Documentation — Pas de support Lightning natif. Architecture crypto orientée stablecoins.
- Cryptoast (mars 2026) — Jack Dorsey intègre les stablecoins dans Cash App : “capitulation” face à la demande utilisateur.
CBDC et paiements offline
- IDEMIA (juin 2024) — Première transaction CBDC offline résistante aux ordinateurs quantiques, via Secure Element et NFC.
- IBM Research (octobre 2024) — Protocole de paiement CBDC offline avec suppression de tokens dépensés.
Contexte géopolitique et régulation
- Journal du Coin (mars 2026) — “La Fed pourrait aider Bitcoin à s’affranchir des 70 000.”
- Journal du Coin (mars 2026) — Amendement règle 15c2–11 : SEC propose d’intégrer les cryptoactifs dans la réglementation des titres de capital.
- Kremlin/médias (mars 2026) — Coupures d’internet en Russie “pour la sécurité des citoyens.”
- CoinDesk (mars 2026) — Frappes sur l’Iran, chute du hashrate de 8%.
Économistes et analyses indépendantes
- David McWilliams — Professeur adjoint, Trinity College Dublin. Ex-Chief European Economist chez UBS, ex-économiste Banque Centrale d’Irlande. Irish Times (février 2026) : “Crypto is not money. It will never be. When it falls, it won’t be pretty.”
- David McWilliams — Money: A Story of Humanity : “notre avenir financier ne se trouve pas dans le bitcoin mais dans le crédit téléphonique.”
- Steve Keen — Économiste, prévisionniste de la crise de 2008. Podcast “The Diary of a CEO” (2026) : prédiction BTC à zéro (position extrême, argument énergétique).
- Mike McGlone (Bloomberg Intelligence) — Stratège senior matières premières. LinkedIn et CoinDesk (avril 2026) : le “prix d’équilibre” du BTC serait ~10 000 $, niveau pré-pandémie. Seuil clé : si le BTC ne reconquiert pas 75 000 $, la tendance baissière vers 10 000 $ reste intacte. Prédit également que les stablecoins (Tether) pourraient dépasser Ethereum puis Bitcoin en capitalisation.
- BIS (Banque des Règlements Internationaux) (2022) — Majorité des petits investisseurs crypto en perte entre 2015 et 2022.
Figures du mouvement Bitcoin
- Satoshi Nakamoto — Créateur anonyme du protocole Bitcoin, disparu en 2011. Détenteur présumé de ~1 million de BTC (~67 milliards $ au cours actuel) jamais déplacés. Emails échangés avec Adam Back (2008) avant la publication du whitepaper. L’identité reste non confirmée ; les candidats les plus cités incluent Adam Back (inventeur de Hashcash, CEO de Blockstream), Nick Szabo (inventeur de bit gold), et Hal Finney (premier destinataire d’une transaction Bitcoin, décédé en 2014).
- Éric Larchevêque — CNEWS, l’Heure des Pros: “Je ne vends pas, je dépense.” Coinhouse (janvier 2025) : prédiction BTC à 250 000 $ avant juin 2025 (BTC à ~67 000 $ en avril 2026). Boursorama (janvier 2026) : “Le bitcoin va dépasser le million, c’est inévitable.” The Bitcoin Society lancée dans une cathédrale, novembre 2025, détenant zéro Bitcoin au lancement.
- Cathie Wood (ARK Invest) — CNBC (avril 2026) : “Les chutes de 85% c’est terminé. Une baisse de 50% sera considérée comme une vraie victoire.” Gère l’ETF Bitcoin spot ARKB.
- Michael Saylor — Tweet du 5 avril 2026 : “₿ack to Work” avec avatar auréolé. 766 970 BTC, perte latente de 14,46 milliards $ au Q1 2026. Objectif déclaré : 1 million de BTC d’ici fin 2026.
Médias
- Amid Faljaoui — Chronique RTBF/Classic 21 (avril 2026) : défense du Bitcoin via argument ad hominem contre Steve Keen, sans déclaration de conflit d’intérêts.
- Journal du Coin — Publicité Ledger intégrée dans un article rapportant que 41% de l’offre BTC est en perte.